Les prochains défis d’Orange : Dans les colonnes de Libération, Stéphane Richard, PDG d’Orange s’est exprimé sur la situation actuelle de l’opérateur mais aussi sur son avenir et sur la stratégie adoptée.

En effet, Stéphane Richard, qui vient d’être reconduit pour un troisième mandat à la tête d’Orange par le conseil d’administration, a fait le point sur la situation de l’opérateur historique et son avenir.

Orange aujourd’hui

Lors de son interview accordée à Libération, l’actuel PDG d’Orange a donc fait le point sur la situation d’Orange aujourd’hui.

D’abord, rappelons que l’opérateur historique présente d’excellents résultats pour l’année 2017 avec une accélération de la croissance du chiffre d’affaires et de l’EBITDA ajusté ainsi qu’un retour à la croissance du Cash-Flow Opérationnel.

Concernant le fixe, Orange investit chaque année plus d’un milliard d’euros pour uniquement le déploiement du très haut débit en France. Aujourd’hui, l’opérateur comptabilise 26,6 millions de foyers raccordables en très haut débit, dont 9 millions en France. Selon S.Richard, d’ici fin 2018, le déploiement de la fibre en zones denses sera terminé. En revanche, il reste à déployer le très haut débit en zones moyennement denses (environ 15 millions de foyers), et l’opérateur compte bien couvrir 70 à 75 % de cette population d’ici 2021. Pour le déploiement dans ces zones, ce sont des des réseaux d’initiative publique, c’est-à-dire les collectivités locales, qui organisent des appels d’offres.

Rappelons que le Plan France Très Haut débit prévoit que tout le monde ait accès à « du bon ou du très bon débit » pour 2020 et au très haut débit pour tous d’ici 2022.

Le PDG d’Orange indique donc qu’en 2021, il y aura environ 85-90 % des clients fibrés et 10-15 % qui auront du très haut débit par la 4G fixe, le câble ou encore le satellite.

Concernant le mobile, S.Richard rappelle que les opérateurs ont récemment signé un accord avec le gouvernement afin de mettre fin aux zones blanches. Pour cela, l’installation d’environ 10 000 sites supplémentaires, tous opérateurs confondus est prévue, ce qui représente un investissement cumulé de 3 milliards d’euros. Rappelons qu’Orange en possède déjà 22 000 à lui seul aujourd’hui. Pour l’opérateur, cet investissement sera visible pour les clients d’ici 2020-2021.

L’objectif d’Orange est donc de couvrir quasiment 100% de la population en 4G d’ici 2020 et de mieux couvrir les axes de transport et les zones rurales. Rappelons qu’aujourd’hui, il couvre 96% de la population.

L’opérateur revendique 211,4 millions de clients mobile dans le monde dont 28,8 millions en France (hors machine-to-machine).

Concernant Orange Bank, la nouvelle banque 100% mobile et gratuite d’Orange, elle comptabilise aujourd’hui plus de 100 000 clients dont 30% sont des clients Orange ou Sosh. Comme prévu, la banque va proposer dès le mois prochain, des crédits à la consommation (jusqu’à 70 000 euros sur 5 ans) et une carte Visa Premium d’ici cet été.

L’avenir d’Orange

L’opérateur compte bien poursuivre son plan stratégique Essentiels2020, qui arrive déjà mi-parcours. En effet, sa stratégie visant à se différencier par la qualité de ses réseaux, par des services enrichis et innovants, offrant une “expérience client incomparable” porte ses fruits : Orange a renoué avec la croissance du chiffre d’affaires avec un an d’avance et est leader sur les réseaux en Europe.

L’opérateur présente de très bons résultats pour l’année 2017, a été élu entreprise la plus innovante en Europe et en France et a reçu aussi la certification Top Employer Global 2018 félicitant ses pratiques RH.

Tout en continuant le développement des réseaux actuels et des réseaux de demain comme la 5G, l’opérateur compte continuer à se diversifier géographiquement (l’opérateur est présent dans 8 pays d’Europe, et 21 en Afrique et au Moyen-Orient) mais aussi dans les services. Pour S.Richard, « On ne peut pas se lamenter que les Gafa prennent des positions dominantes dans tous les domaines et puis rester les bras croisés à construire des tuyaux pour qu’ils y développent leurs services ».

Orange compte donc se diversifier et se développer dans la « smart home », ainsi que les objets connectés. L’opérateur travaille toujours sur son assistant virtuel « Djingo » et compte bien rivaliser avec les géants tel que Google ou Amazon. S.Richard a donc annoncé que « Djingo » sera lancé à l’automne en partenariat avec Deutsche Telekom. L’assistant basé sur l’intelligence artificielle IBM « Watson », est dores et déjà utilisé comme conseiller virtuel Orange Bank.

L’opérateur prépare aussi activement l’arrivée de la 5G. L’ARCEP, le gendarme des télécoms, vient notamment de lui accorder des fréquences pour tester la 5G à Lille et Douai. Il est également en train de présenter, au MWC 2018 à Barcelone, une expérimentation de la 5G.

L’opérateur s’est également lancé dans la production de séries, avec une adaptation du Nom de la Rose en 2019. En revanche, S.Richard « estime que l’empreinte économique, sociale et même politique est beaucoup plus forte dans le cinéma et les séries que dans le sport« . En effet, ce dernier n’est pas convaincu par l’intégration verticale, à la manière d’Altice dans les contenus.

Selon lui, « Si vous achetez les droits du foot, vous devez ensuite créer votre chaîne pour les vendre. A qui ? Aux abonnés Orange ? C’est impossible à rentabiliser. On n’a pas assez de clients. La bonne illustration est Altice. Aujourd’hui, ils tapent à la porte de tous les opérateurs pour qu’ils distribuent leurs chaînes de sport ». « J’ai arrêté la chaîne de sport qui diffusait des matchs de Ligue 1 car c’était un gouffre. Un milliard d’euros de pertes nettes au total !« 

Il préfère donc une stratégie, concernant les contenus, basée sur les partenariats. Concernant la production de série, il estime qu’investir dans la création française est un modèle plus vertueux et plus durable qu’investir dans le sport. 

Néanmoins, S.Richard espère pouvoir distribuer le bouquet SFR Sport la saison prochaine. Il a déclaré que le bouquet ne s’appellera ni SFR Sport ni Altice Sport. Il connait déjà le nom mais n’a pas souhaité le communiquer.

Orange a également l’intention de devenir un leader au niveau européen dans la cybersécurité. Il a récemment inauguré son nouveau siège dédié à l’entité Orange Cyberdefense, comptant déjà 1200 salariés et qui prévoit d’en recruter 1 000 supplémentaires avant 2020.

Enfin, Orange pourrait bien se lancer sur le marché de l’énergie en France, en partenariat avec un énergéticien.